Atelier 3 : Shakespeare à hauteur d'homme : faire résonner les classiques aujourd'hui

Professeurs : Maureen Labonté, Paul Lefebvre et Guy Nadon

Paul Lefebvre est conseiller dramaturgique au Centre des auteurs dramatiques (CEAD) depuis 2010. Il est aussi traducteur et professeur de théâtre. Auparavant, il a été en poste près de dix ans au Centre national des Arts à Ottawa où il a été l’adjoint artistique de Denis Marleau au Théâtre français, attaché artistique général et directeur artistique fondateur de la biennale Zones Théâtrales. Au cours des années 1990, il a été le directeur littéraire du Théâtre Denise-Pelletier à Montréal et co-directeur artistique du Théâtre Teesri Duniya. À ce jour, il a traduit dix-neuf pièces dont Un tramway nommé Désir de Tennessee Williams, Danser à Lughnasa de Brian Friel, Unity mil-neuf-cent-dix-huit de Kevin Kerr, Bhopal de Rahul Varma et Macbeth de William Shakespeare. En 2011, il a reçu de la France les insignes de Chevalier dans l’Ordre des Arts et des Lettres.

Maureen

Conseillère dramaturgique qui œuvre dans le milieu du théâtre de création au Canada et au Québec depuis plus de trente ans, Maureen Labonté a travaillé avec des auteurs sur des projets dans les grandes institutions (CNA, Stratford, Shaw) ainsi que dans des théâtres de création à Ottawa, Toronto, Calgary, Vancouver et ailleurs au pays. Elle travaille présentement comme conseillère dramaturgique au Théâtre PàP (Montréal), au Cercle Molière (Winnipeg) et au Théâtre du Nouvel-Ontario (Sudbury). De 2003 à 2011, elle a été en charge du Banff Playwrights’ Colony, une résidence pour auteurs dramatiques au Banff Centre en Alberta. Maureen Labonté enseigne depuis 1993 à l’École Nationale de Théâtre. Elle a aussi traduit plus d’une trentaine de pièces québécoises vers l’anglais

 

 

 

 

Guy Nadon

Guy Nadon est comédien  professionnel depuis 1974. Formé à l’École Nationale de Théâtre (ENT), il a  défendu, seulement au théâtre, plus d’une cinquantaine de rôles. Parmi les plus marquants, mentionnons Richard III de Shakespeare (1989), Cyrano de Bergerac d’Edmond Rostand (1995), La Chèvre d’Edward Albee (2004), Equus de Peter Shaeffer (2007), L’École des femmes de Molière (2011) et Tu te souviendras de moi de François Archambault (2014). À la télévision, nous avons pu le voir dans de nombreux téléromans et téléséries dont, plus récemment, Aveux, Musée Éden, Série Noire et O’, pour lesquels il s’est vu remettre huit Gémeaux en tant qu’acteur. Depuis 2013, il a été le choix du public au Gala Artis à quatre reprises.

 

 

 

 

Description de l’atelier

En s’appuyant sur la pièce écossaise de Shakespeare, cet atelier propose d’aborder la production d’oeuvres classiques dans un contexte contemporain. Il s’agit d’un parcours en trois volets, nourri successivement par l’approche et la vision de trois mentors distincts. La première semaine d’atelier abordera le contexte socio-historique de l’écriture et de la représentation des pièces shakespearienne avec Paul Lefebvre. La seconde semaine sera l’occasion de se livrer à une analyse approfondie du texte de Macbeth avec Maureen Labonté et à se poser la question Couper ou ne pas couper les classiques? La troisième semaine sera consacrée à mettre les mots de Shakespeare en action avec Guy Nadon, puisqu’il faut bien le dire, Shakespeare n’est pas une figure au haut d’un monument et il faut bien le posséder à hauteur d’homme pour le rendre à un public. 

Cet atelier naît d’une réflexion sur le rôle du répertoire issu des siècles passés dans la parole théâtrale actuelle. Pourquoi monter du répertoire? Comment l’aborder? Quels sont les outils qui permettent de travailler de façon féconde un texte de répertoire?

1er volet : Le texte de répertoire : savoir pour créer

Première semaine d’atelier offerte par Paul Lefebvre 

Quel est le rôle du savoir – en particulier du savoir contextuel – comme élément déclencheur de la créativité?

En théâtre, la décision de travailler sur un texte de répertoire naît du désir de réactiver une fiction qui nous parle aujourd’hui. Or ne s’intéresser, dans un texte du passé, qu’à ce qui résonne immédiatement dans le présent, c’est se priver de l’éclairage unique que ce texte, à cause de sa distance temporelle, peut nous apporter. Le rapport entre le passé et le présent n’est pas un trajet en ligne droite; il ressemble davantage à un parcours en spirale dont le moment présent est le centre; on repasse plusieurs fois vis-à-vis le même point mais à une distance différente. Quant au centre, le présent, il ne cesse de se déplacer : une extraordinaire mise en scène de Bérénice de Racine créée en 1987 aurait une résonance médiocre aujourd’hui; elle ne correspondrait pas à notre façon de percevoir le monde et la vie. C’est dans sa proximité qu’un texte classique nous parle; c’est dans sa distance qu’il nous éclaire. 

Objectifs de la première semaine de l’atelier

En s’attachant aux connaissances périphériques d’un texte de répertoire qui en dynamisent la lecture, il s’agira de comprendre comment un savoir contextuel permet de saisir en profondeur les enjeux fondamentaux d’un texte. Cette première semaine entrelacera enseignement magistral et discussions. Elle prendra comme texte-exemple Macbeth de William Shakespeare et couvrira les points suivants :

●Établissement du texte et choix de l’édition. La question de la traduction.

●Brève bibliographie shakespearienne commentée.

●Le XVIème siècle : le passage de la foi au savoir; la naissance de l’individu moderne.

●L’Angleterre élisabéthaine : l’insularité anglaise; passage de nation mineure à nation majeure; enjeux politiques; enjeux religieux; vie communautaire et vie privée; statut changeant de la langue anglaise; arts et lettres; le statut du théâtre dans le contexte culturel; Londres et ses spécificités.

●Architecture des théâtres élisabéthains; langages de la représentation (éléments scénographiques, costumes, son, jeu, etc.). Les théâtres et les compagnies de théâtre à Londres au temps de Shakespeare.

●Dramaturgie élisabéthaine; son rapport à l’architecture; la scène comme unité dramaturgique; structuration des pièces; le personnage et la situation dramatique; la langue; le vers; les genres dramatiques; particularités shakespeariennes.

●William Shakespeare : balises biographiques, le métier d’auteur, Shakespeare acteur et membre de sa compagnie.

●Lire une pièce de Shakespeare, avec Macbeth comme exemple. Construction; présentation des personnages; avancée de l’action; rhétorique; points d’érudition nécessaires à la compréhension de la pièce : l’image de l’Écosse dans l’Angleterre élisabéthaine, la nature des sorcières, les règles de succession au trône en Écosse, Duncan comme souverain et les questions d’ironie politique. 

Lecture préalable :

William Shakespeare, La tragédie de Macbeth, traduction de Paul Lefebvre, Montréal, Dramaturges Éditeurs, 2015

Pour ceux qui lisent l’anglais, l’édition du texte original qui servira de référence est la suivante : William Shakespeare, Macbeth, édition de A.R. Braunmuller, New Cambridge Shakespeare, Cambridge University Press, 2008.

2e volet : Analyse de texte 

Deuxième semaine d’atelier offerte par Maureen Labonté

«  Analyse, n.f. (fin XVIeme, gr. Analusis cc décomposition, résolution) :

Opération intellectuelle consistant à décomposer une œuvre, un texte, en ses éléments essentiels, afin d’en saisir les rapports et de donner un schéma de l’ensemble. » 

Cette semaine  d’atelier constituera  une introduction à une méthode objective, détaillée, mais aussi viscérale, d’analyse de texte. C’est une approche « archéologique » face au texte basée sur l’idée qu’il est primordial de prendre le temps de bien lire un texte, de l’examiner de près, de le fouiller, de le sonder. Ce travail d’investigation est essentiel comme préparation à une bonne mise en scène, à une interprétation en accord avec le fil de l’œuvre, ou encore à une connaissance élargie de l’écriture. 

Les participants découvriront qu’il ne faut pas sauter trop vite à une interprétation, un concept, ou même une compréhension en survol d’une œuvre.  Il faut avant tout connaitre un texte à fond avant de l’approcher pour s’en faire le porte-parole ou l’interprète.

Il est important de prendre le temps de poser les bonnes questions. Quel est l’enjeu principal de ce texte ? Quel est le mouvement et la structure du texte dans son ensemble ?  Quel est l’enjeu de chacune des scènes prises de façon individuelle ? Comment les qualités intrinsèques à un personnage sont-elles mises en opposition, ou alors en perspective, avec celles de tel autre personnage ? Quels sont les moments charnières de la pièce ? Pourquoi la langue de cette œuvre est particulière ?

Il s’agira de démonter des textes pour mieux les comprendre. Un peu comme le font certains « patenteux » qui démontent divers types d’appareils pour en saisir le fonctionnement dans le but ultime de créer leurs propres appareils. 

Les objectifs de cette deuxième semaine d’atelier sont :

●Donner aux participants des outils d’analyse, de même qu’une méthode concrète pour fouiller et découvrir un texte, son archéologie, son fond-marin.

●Apprendre à être curieux et aller à la découverte de l’œuvre. C’est ce qui va libérer l’imagination et la nourrir. Découvrir ce qui est vraiment dans le texte, par opposition à ce qu’on pense qui s’y trouve, ou encore ce qu’on voudrait qui y soit ;

●Freiner, du moins temporairement, nos opinions et aller à la rencontre du texte avec une ouverture d’esprit et une grande curiosité.

●Permettre aux participants de développer un esprit d’investigation face à un texte – en prenant le temps de poser les bonnes questions et en prenant plaisir à l’élucidation du mystère qui se trouve en son cœur –  découvrir ses beautés, sa magie, sa poésie, sa musique, sa passion ;

●Et finalement, après avoir effectué une analyse profonde de l’œuvre (micro), en faire la synthèse (macro) pour ensuite pouvoir passer à la salle de répétition.

Déroulement de cette portion de l'atelier : 

Jour 1 - Introduction à la méthode. : l'esprit du travail,  l'approche, le questionnement,  les grilles d'analyse etc...

Jours 2-3-4  -  Travail profond et détaillé sur le texte, acte par acte. 

Jour 5  -  On se pose la question : Faut-il couper ou ne pas couper Shakespeare ? Et, si on coupe, comment déterminer ce qu'il faut couper? Ensuite,  utilisant notre travail d'analyse comme base, on tentera un premier "défrichage".

3e volet de l’atelier : Shakespeare n’est pas une figure au haut d’un monument 

Troisième semaine d’atelier offerte par Guy Nadon

Shakespeare n’est pas une figure au haut d’un monument.

Voilà ce que doit se dire tout acteur qui a à jouer Shakespeare. Après avoir absorbé un maximum de renseignements au sujet de l’époque de l’écriture de la pièce et de ce que sont les idées qui animent les personnages, arrive inéluctablement le moment de l’acteur sans qui le théâtre reste un objet sur une feuille de papier ou un objet de discussion académique.

Comment donner chair à un texte ? Comment un acteur doit aborder le moment de la prise de parole ?  Comment se mettre debout avec Shakespeare sans se faire intimider par lui? Quoi faire ? Quoi ne pas faire surtout quand on se rend compte que l’action dramatique chez les personnages de Shakespeare se résume parfois à essayer de s’expliquer à eux-mêmes ce qui leur arrive.

Est-ce que mettre un être humain debout en train de cerner le réel peut constituer une action dramatique suffisante ? Shakespeare trouvait que oui. 

Shakespeare n’est pas nous mais Shakespeare est comme nous. Un homme impliqué dans le théâtre en train de s’adresser non pas aux siècles à venir mais au public présent, face à lui dans l’immédiat et l’instant. Shakespeare, de son vivant, n’était pas un auteur classique, il faisait de la création.

Depuis 1974, sur les 59 pièces de théâtre jouées par Guy Nadon, 6 d’entre elles ont été écrites par Shakespeare, dont la Mégère apprivoisée, Richard III et la Tempête. Il y a un parcours de combattant qu’il veut partager volontiers en salle de répétition avec des acteurs nord-américains de langue française de 2017, désireux de travailler en très peu de temps sur une pièce anglaise (pour ne pas dire écossaise !) écrite en 1606.

Lecture, mémorisation, mise en bouche, se mettre debout, essayer, recommencer et recommencer et recommencer.  De Shakespeare à nous, le monde a beaucoup changé mais comment on fait le théâtre, un peu moins. 

Mille fois sur le métier avec de la patience, de la concentration et un plaisir discipliné.

 

Pour soumettre sa candidature

Les candidats doivent soumettre un curriculum vitae et rédiger une lettre expliquant les raisons qui vous incitent à soumettre votre candidature et comment cette formation s’inscrit dans votre démarche artistique. N’hésitez pas à nous expliquer en détail les raisons qui motivent votre désir d’approfondir votre travail auprès des textes classiques.

Rédigez un texte répondant à la question suivante : Qu’est-ce qui vous interpelle personnellement chez Shakespeare?

 

Nombre de participants : 3 metteurs en scène et créateurs

 

Pour renseignements et pour soumettre une candidature à l’un ou l’autre des ateliers

Date limite : 28 juillet 2017, à 17h, heure d’Ottawa

Antoine Côté Legault, agent de projets, Association des théâtres francophones du Canada

Courriel : projets@atfc.ca

Téléphone : (613) 562-2233 ou 1-866-821-2233

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