Bulletin de l'ATFC

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Mars 2014 Numéro 30

Dans cette édition

Dans ce 30e numéro du Bulletin de l’ATFC, le Grand dossier vous présente un bilan de mi-session de l’association rédigé par Alain Jean, la section Zoom présente Mathieu Chouinard, qui revient d’un voyage au Tchad, la section Chez nos membres vous donne les dernières nouvelles de nos compagnies, et la section En route vers le 30e vous présente le théâtre l’Escaouette. De plus, vous pourrez connaître les dernières nouvelles de l’ATFC dans la section En bref. 

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 Grands dossiers

Bilan de mi-session

Alors que nous sommes déjà à la mi-mars et que - du moins dans l’Est du pays-, l’hiver se prolonge au-delà de l’acceptable, un hiver froid, dur, sans lumière, qui, à certains égards, peut parfois rappeler l’attitude de certains décideurs des hautes sphères de l’appareil fédéral, il m’apparaît intéressant de dresser un bilan des derniers mois. J’en profiterai également pour dégager les grandes actions qu’entreprendra l’ATFC d’ici au début d’un été que je nous souhaite à tous radieux.

La période d’après les fêtes s’est amorcée avec une rencontre fort intéressante avec la nouvelle Chef du Service du théâtre au Conseil des arts du Canada, Guylaine Normandin, le 7 janvier. Connaissant bien notre association pour avoir dirigé une des compagnies membres au cours des années 1990 et aussi en raison des postes qu’elle a, depuis, occupés à divers niveaux au Patrimoine canadien et au CAC, Guylaine Normandin s’est révélée, sans surprise, l’interlocutrice de premier plan à laquelle nous nous attendions. La rencontre nous a permis de lui présenter les dossiers prioritaires de notre association et de ses compagnies membres et de faire une mise à jour sur l’évolution récente et sur l’actualité de l’ATFC. Un dialogue franchement intéressant semble entrepris; encore une fois, nous n’en sommes pas étonnés.

Dès le lendemain, nous en profitions pour amorcer une rencontre du conseil d’administration d’une durée de deux jours, qui a permis aux membres du conseil de prendre un certain nombre de décisions qui auront une incidence certaine sur l’avenir de notre association. Rappelons que le conseil est présidé par Marcia Babineau, du théâtre l’Escaouette, à Moncton, que Geneviève Pineault, du Théâtre du Nouvel-Ontario, à Sudbury, assume la vice-présidence, alors que Stéphane Guertin, de Créations In Vivo, d’Ottawa, et Dany Rousseau, de la Troupe du Jour, à Saskatoon, en sont respectivement le trésorier et le secrétaire. Parmi les dossiers les plus importants de cette rencontre, on peut noter une excellente session de réflexion au sujet de la rétroaction que l’ATFC a récemment soumise à la Direction générale des Langues officielles, au Patrimoine canadien (nous y reviendrons d’ailleurs plus loin), ainsi qu’une rencontre très efficace avec un représentant de la firme d’avocats engagée par notre association afin de rendre ses statuts et règlements conformes à la nouvelle loi fédérale sur les organismes à buts non lucratifs.   

Au terme de cette réunion du conseil, une intense période de préparation d’un peu plus de sept semaines s’est ensuite rapidement amorcée. Il nous a fallu savamment répartir nos énergies afin de préparer un segment de quelques jours, soit du 27 février au 3 mars, durant lequel l’ATFC devait faire face à six échéances distinctes, toutes plus importantes les unes que les autres. Cette période de préparation a, par ailleurs, été pimentée du dépôt d’une demande de soutien au Conseil des Arts de l’Ontario, pour l’année 2014-2015, effectué le 3 février, ainsi que par la préparation de la documentation relative à une rencontre que l’ATFC tiendra les 26 et 27 mars avec des représentants nationaux du secteur de l’éducation afin de les sensibiliser à certaines problématiques connues par nos compagnies qui se consacrent aux jeunes publics.  

Ainsi, du 27 février au 3 mars, l’ATFC a tenu trois rencontres importantes et essentielles. À tout seigneur, tout honneur, traitons d’emblée du Groupe de travail en théâtre du 28 février. Ce mécanisme qui provient de l’Entente multipartite pour les arts et la culture dans la francophonie canadienne (ceux qui étaient à l’ouverture des récentes Zones théâtrales se souviendront sans doute que c’est du renouvellement de cette entente que la Ministre Glover est venue faire l’annonce) permet aux organismes nationaux de service aux arts de la francophonie canadienne, comme l’ATFC, de rencontrer durant une journée l’ensemble de ses bailleurs de fonds de l’appareil fédéral. D’autres représentants de divers secteurs du gouvernement canadien, susceptibles d’être interpellés par les problématiques qui y sont partagées, sont également invités. L’ATFC en a profité pour faire une présentation de son Plan stratégique 2014-2019, Consolidation et rayonnement ! et informer ses partenaires  des résultats qu’elle souhaite atteindre au cours des cinq prochaines années dans l’ensemble de ses actions. On pourra d’ailleurs trouver ce document en cliquant ici. Rappelons également que, dans le numéro de juin dernier de ce bulletin, une présentation détaillée de notre plan stratégique était effectuée. Puis, toujours au cours du Groupe de travail en théâtre, nous présentions notre Plan 2014-2017 en formation de base et en formation continue. Là aussi, l’ATFC en a profité pour informer ses partenaires de l’ensemble de ses activités en matière de formation et de ses priorités pour les trois prochaines années. Le reste de la journée fut consacré à des discussions intéressantes sur la volonté de l’ATFC de mettre sur pied une table nationale en diffusion du théâtre, qui permettrait à l’ensemble des joueurs (diffuseurs spécialisés, diffuseurs pluridisciplinaires, réseaux de diffusion, bailleurs de fonds, Zones théâtrales, etc.) de tous travailler dans le même sens en vue de l’établissement d’un véritable continuum de la diffusion et ce, pour les quelque dix prochaines années. De même, la place historique de l’art professionnel, plus particulièrement le théâtre, dans le développement des communautés de langues officielles en situation minoritaire, ainsi que le besoin que ce secteur soit adéquatement soutenu au plan financier, a fait l’objet d’un exposé bien senti de la part de notre présidente, Marcia Babineau. Par ailleurs, l’ATFC en a profité pour rappeler que le manque de ressources humaines au sein des compagnies continuait à représenter le principal dossier et la principale source de préoccupation de l’association et de ses membres.

Les discussions ont été cordiales et agréables et, dans plusieurs cas, l’ATFC a senti une véritable écoute. Il faut néanmoins déplorer que les interlocuteurs principaux de l’association étaient tous absents, tant du côté du Fonds du Canada pour la présentation des arts, des Langues officielles, que du Service du théâtre du Conseil des Arts du Canada. L’ATFC était au courant de ces absences avant la réunion, mais a néanmoins décidé de jouer le jeu. Il faut également déplorer, comme cela se produit à chaque année d’ailleurs, qu’à compter de 14h30, plusieurs représentants de l’appareil fédéral commencent à s’éclipser, ce qui laisse autant de chaises vides que de corps humains à qui s’adresser durant les dernières deux heures de la rencontre. Dommage, quand on considère qu’il s’agit d’une occasion rare de positionnement pour un organisme comme le nôtre. 

Sur un autre plan, l’ATFC a profité de la présence des membres de son conseil d’administration à Ottawa en marge de ce Groupe de travail en théâtre pour tenir une rencontre régulière du conseil. Parmi les faits saillants, une série de décisions ont été prises au sujet du Fonds Langues officielles du Conseil des Arts du Canada. L’ATFC doit suggérer de quelle façon elle souhaite voir cet appui (qui vient reconnaître certains défis inhérents à la pratique en situation minoritaire), être réparti.  De même, une bonne partie de la journée a été consacrée à la préparation de la prochaine assemblée générale annuelle.

Au terme de cette rencontre du c.a., l’ATFC tenait son comité de programmation 2014-2015. D’une durée de deux jours, ce comité, formé de Geneviève Pineault, du TNO, Maurice Arsenault, du Théâtre populaire d’Acadie et Craig Holzschuh, du Théâtre la Seizième, avait pour mandat d’établir la toute première programmation de l’association qui découle de son plan stratégique 2014-2019. Les travaux du comité de programmation doivent être entérinés par le conseil d’administration, puis par l’assemblée des membres avant d’être rendus publics. Toutefois, on peut d’ores et déjà signaler qu’une position très claire sur la façon dont notre association souhaitera voir investi tout nouvel argent associé à notre secteur au cours des prochaines années est ressortie de ces travaux.

Toujours au plan des échéances inscrites entre le 27 février et le 3 mars. Le 28 février, l’ATFC déposait un mémoire auprès de la Direction générale des Langues officielles du Patrimoine canadien. Elle y faisait part de plusieurs inquiétudes de ses membres face à la « nouvelle logique d’investissement de la DGLO ». Une consultation nationale avait été lancée en novembre dernier et celle-ci se terminait le 28 février. Si l’ATFC se réjouit, en tant que représentante de compagnies et d’artistes qui interprètent des textes, que cette nouvelle logique d’investissement souhaite d’abord et avant tout soutenir des organismes et des projets qui auront une incidence sur la vitalité de la langue française dans les communautés de Langues officielles, plusieurs autres éléments nébuleux ou laissant place à toutes sortes d’interprétations, demandent à être éclaircis au sein de cette nouvelle logique d’investissement.

Finalement, le 1er  mars, notre association déposait une demande au Secrétariat aux affaires intergouvernementales du Gouvernement du Québec, en partenariat avec deux joueurs majeurs du théâtre québécois et canadien. Si la réponse est positive, nous aurons une grande annonce à effectuer, vraisemblablement en juin prochain. De même, le 3 mars, un projet était déposé auprès du Conseil des arts de l’Ontario pour permettre la présence d’auteurs franco-ontariens à la série de lectures Dramaturgies en dialogue, du CEAD. Un appel de projets devrait ainsi être effectué au début de l’été à ce sujet.

Si on se penche maintenant sur les activités qui occuperont nos trois prochains mois, les 23 et 24 avril, à Moncton, se tiendra la troisième rencontre de notre plateforme annuelle de formation. Celle-ci permet à l’association de discuter avec les institutions d’enseignement postsecondaires qui offrent une formation en théâtre, en études théâtrales, ou encore en techniques de scènes dans la francophonie canadienne. À la clé de cette plateforme, se trouve la volonté de l’association de travailler de concert avec ces institutions afin que l’enseignement soit davantage en accord avec les besoins de la pratique. Depuis la mise sur pied de cette instance de concertation, en avril 2012, les discussions sont tout à fait agréables et des choses commencent à se développer. Il est toutefois malheureusement trop tôt pour en discuter la teneur.

Les prochains mois seront toutefois, d’abord et avant tout, fortement teintés de ce que nous appelons « l’opération Carrefour international, à Québec ». Il est dommage que nous devions entreprendre plusieurs initiatives concernant cette présence de notre milieu au sein de ce festival avant même de savoir si nous aurons les fonds de projets nécessaires pour tenir l’opération (nous avons déposé deux demandes il y a déjà plus de quatre mois), mais nous n’avons pas le choix. Tout d’abord, nous souhaitons tenir des laboratoires de création qui permettront, comme en 2012, à des artistes de la francophonie canadienne et à des artistes de la ville de Québec de travailler ensemble sur une matière commune, c’est à dire trois projets issus de notre milieu. À la date limite de réception des projets, au début janvier, nous avons reçu 25 dossiers de candidature pour 3 places disponibles. Tous ceux qui ont soumis un dossier seront informés sous peu de la décision du jury.

L’ATFC profitera également de sa présence à Québec pour y tenir son assemblée générale annuelle. Ce sera alors l’occasion de procéder à l’élection d’une nouvelle présidence, Marcia Babineau ayant déjà complété, et de très belle façon, ses deux mandats de deux ans à la tête de l’association. Un autre poste sera également en élection au sein du conseil. Cette assemblée annuelle permettra également aux membres de se prononcer sur plusieurs dossiers importants concernant le développement de notre milieu. Des ateliers de ressourcement seront également au programme.

Par ailleurs, c’est dans la foulée de cette présence à Québec que l’association souhaite tenir la dixième remise annuelle des Prix d’excellence de la Fondation pour l’avancement du théâtre francophone au Canada, son bras philanthropique. Comme on le sait, l’appel de candidatures pour cette édition a été lancé le 6 mars dernier.

La préparation concernant ce type d’activités est toujours plutôt volumineuse. L’ATFC commencera à s’y consacrer sous peu (malgré le risque qu’elle doive tout annuler si elle n’a pas les fonds nécessaires). Elle le fera tout en veillant à l’organisation de la présence de trois auteurs franco-canadiens au Festival du Jamais lu, à Montréal en mai prochain (l’appel de candidatures a été effectué le 11 mars dernier), et de trois créateurs de notre milieu au sein de la délégation internationale de jeunes créateurs et critiques des arts de la scène, au Festival TransAmériques, en mai et juin prochains. Dans ce dernier cas, la période de candidatures s’est terminée le 10 mars.                             

Toujours au plan organisationnel, l’ATFC prépare actuellement le contenu de la quatrième édition du Stage en formation continue offert en partenariat avec l’École nationale de théâtre du Canada et le Banff Centre. Déjà trois rencontres extrêmement stimulantes se sont déroulées avec l’École nationale. L’appel de projet sera lancé à la mi-mai. De même, notre association prépare, de concert avec la Commission internationale du théâtre francophone, une délégation de certaines de ses directions artistiques au Festival d’Avignon, en France, en juillet prochain. Finalement, la Fondation pour l’avancement du théâtre francophone au Canada lancera sous peu une campagne de dons privés (tous les dons seront acceptés, considérez-vous d’ailleurs déjà invités à vous manifester…).

Ceci complètera une session hivernale plutôt chargée, mais néanmoins stimulante. Ce sera d’ailleurs avec beaucoup de plaisir que nous vous informerons des avancées de tous ces dossiers dans notre bulletin de juin prochain.

Alain Jean, directeur général

Alain Jean, directeur général
Alain Jean, directeur général

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 Zoom

Un clown au Tchad
Mathieu Chouinard
Mathieu Chouinard 

Mathieu Chouinard est comédien de théâtre physique, clown, metteur en scène, pédagogue et co-directeur artistique de Satellite Théâtre (Acadie-Montréal). Il a participé à plusieurs projets de l'ATFC, notamment l'édition 2012 des Rencontres internationales de jeunes créateurs et critiques des arts de la scène au Festival TransAmériques. À cette occasion, il a fait connaissance avec le danseur et chorégraphe tchadien Taïgue Ahmed, directeur artistique de la compagnie de danse Ndam Se Na. À l'issue de cette rencontre marquante, ils ont développé ensemble un projet d'échange artistique et culturel entre le Tchad et l'Acadie auquel prennent part leur compagnie respective, en collaboration avec Clown Sans Frontières et la Commission internationale du théâtre francophone (CITF). En décembre dernier, Mathieu s'est rendu à N'Djamena, la capitale du Tchad, pour un premier voyage afin de jeter les bases de ce projet de longue haleine. Nous nous proposons ici de faire le récit de cette première étape de travail durant laquelle Mathieu a donné des ateliers de clown, présenté de courts spectacles et participé à des rencontres de création.

Antoine Côté Legault : L'échange culturel est un élément central de ta pratique artistique, saurais-tu dire pourquoi? 

Mathieu Chouinard : Depuis que je suis tout petit, j'ai toujours été en déplacement, que ce soit entre Moncton, Montréal, Frédéricton, Rouyn-Noranda, Québec, etc. Alors, le départ, le voyage, l'adaptation constante ont été très présents dans ma vie. Il y a aussi la nourriture qui est très importante dans ma famille, surtout du côté de ma mère. On a fait un spectacle à partir du thème Bouffe, ce n'est pas pour rien. Manger, c'était une façon de voyager pour nous. L'envie de voyager était très présente, mais j'ai quand même décidé de faire des études en théâtre à Moncton. Au bout des quatre ans, on a organisé un voyage pour aller jouer notre spectacle de finissants dans un festival de théâtre international à Sibiu en Roumanie. Tout à coup, c'est devenu clair pour moi qu'il était possible de voyager en faisant du théâtre. Je suis ensuite allé poursuivre ma formation à l'École internationale de théâtre Jacques Lecoq, à Paris, où il y avait des gens de toutes les nationalités – plus de 45 nationalités étaient représentées en première année! En étudiant à cet endroit, j'ai découvert un autre aspect de la rencontre, c'est-à-dire la rencontre à travers la création. Ensuite, j'ai fait une maîtrise-création sur l'inter-culturalisme à l'UQAM. Je travaillais sur la rencontre des cultures au théâtre, plus particulièrement sur la rencontre des corps. Avec des gens de chez Lecoq, on a monté Yabu no naka, un spectacle en français, anglais, japonais, suédois. Tout le monde est venu travailler à Montréal, on a joué à Toronto et on a ensuite poursuivi le projet au Japon, où on a aussi joué.

A : Les rencontres internationales et le travail avec des compagnies d'un peu partout, ce n'est qu'une suite logique de ton intérêt pour le voyage et pour la rencontre?

M : Oui, c'est ce qui me stimule. Il me semble que ce qui est intéressant dans les rencontres, c'est moins d'aller chercher ce qu'on a de semblable que ce qu'on a de différent. Quand on travaille sur les tensions entre les cultures, c'est là qu'on se découvre.

A : Tu as participé à de nombreux projets de création et stages internationaux de formation, qu'as-tu tiré de tes deux expériences aux stages de formation continue de l'ATFC au Banff Centre?

M : On habite un grand pays, donc une grande force de ces ateliers, c'est de mettre des gens de tout le pays ensemble, puis de nous amener à confronter nos réalités. Banff te met dans une petite bulle pendant trois semaines où tu es hors de chez toi et hors du monde. Il y a donc un dépaysement qui amène une curiosité. Je dirais que Banff est très très bien tombé pour moi. Il y a trois ans, on travaillait sur la dramaturgie avec Alice Ronfard, j'étais en écriture de Bouffe et ça a grandement influencé le cours que le spectacle a pris. De la même façon, en 2013, je suis revenu de Banff le 7 décembre, puis je suis parti pour le Tchad le 8 décembre. J'ai fait un atelier de mouvement avec la danseuse Catherine Tardif et, tout de suite après, je partais travailler avec des danseurs au Tchad pendant trois semaines. Ça s'inscrivait parfaitement dans les projets du moment.

A : Si je ne me trompe pas, les racines de ton projet Tchad-Acadie remontent aux Rencontres internationales des jeunes créateurs et critiques au FTA à Montréal, auxquelles l'ATFC t'as permis de participer?

Le personnage de Grüm
Le personnage de Grüm (Mathieu Chouinard) en performance au festival Souar-Souar.
Crédit photo : Katel le Fustec

M : Le fonctionnement même de ces rencontres est génial, parce que ça devient un petit incubateur : on est tout le temps ensemble pendant 2 semaines, on voit sensiblement tous les spectacles présentés durant le festival, on en discute constamment, puis on a des blocs tous les matins où on échange sur nos pratiques. Puis, bien sûr, il y a les rencontres humaines plus informelles à travers tout le séjour. Moi c'est sûr que j'étais attiré d'emblée par les deux Africains, parce que c'est un continent que je n'ai jamais visité. J'étais très sensible à ce qu'ils avaient à apporter et quand j'ai été exposé à leurs démarches, plus particulièrement au travail de Taïgue Ahmed, j'ai été renversé et bouleversé. C'est une démarche vraiment impressionnante! Lui aussi, en voyant mon travail, il a beaucoup apprécié et on s'est demandé comment on pourrait travailler ensemble. 

A : Et quel est le projet qui vous est venu?

M : Ce qu'on s'est dit, c'est que ce serait intéressant que les Tchadiens rencontrent aussi le clown, comme outil pour parler de soi de façon ludique, parler de leurs traumatismes, mais sans vraiment s'en rendre compte. Ça a pris un peu plus d'un an et demi avant qu'on puisse faire aboutir le projet. Après l'avoir imaginé avec Taïgue, je suis allé voir Clown Sans Frontières à Montréal et ils ont été très intéressés. C'est donc devenu un projet à trois entre Satellite Théâtre, Ndam Se Na (la compagnie de danse de Taïgue Ahmed, basée au Tchad) et Clown Sans Frontières, en plus du soutien de la Commission internationale du théâtre francophone (CITF). Lors du voyage de décembre, nous étions deux : moi et Katel Le Fustec de Clown Sans Frontières. Ça constituait une première mission exploratoire dans le but de préparer d'autres séjours sur une durée d'au moins quatre ans. Je retournerai au Tchad, des danseurs et acteurs du Tchad seront invités ici. L'idée est vraiment de faire un travail sur les deux territoires afin qu'il y ait absorption des deux cultures et que l'on puisse être immergés de part et d'autre.

A : Quelles seront les suites du projet plus concrètement?

M : Ce qui est prévu au printemps, ce serait de faire venir au moins un Tchadien en Acadie pour donner des ateliers, des conférences, puis se donner un temps de travail pour poser les bases d'une création commune. Le prochain séjour au Tchad se fera sur deux mois et on ira dans les camps de réfugiés. Lors de mon voyage de décembre, j'étais là pour poser les bases du projet. J'ai donné 10 ateliers, j'ai présenté 3 performances, j'ai travaillé dans différents quartiers de la capitale N'Djamena. L'idée est donc que, riche de cette expérience, on y retourne avec une petite équipe de trois à quatre personnes pendant deux mois travailler avec des formateurs de là-bas. Prendre un temps de formation ensemble, prendre un temps de création ensemble, puis ensuite aller un mois à cinq semaines dans les camps de réfugiés pour présenter notre création et donner des ateliers, comme le fait Taïgue depuis maintenant 7 ans. Par la danse, il redonne aux réfugiés une confiance en eux, en leur culture, en leurs racines et une hygiène de vie qui n'existait pas. 

A : Comment se sont déroulés les ateliers que tu as donnés lors de ton voyage de décembre?

Mathieu donne des ateliers dans le quartier N’djiari à N’djamena
Mathieu donne des ateliers dans le quartier N’djiari à N’djamena
Crédit photo : Katel le Fustec

M : Les ateliers que j'ai donnés en ville, c'est une initiative de Taïgue Ahmed qui a commencée en juin, pour des jeunes de cinq quartiers différents de la capitale N'Djamena. L'idée, c'est d'unifier les quartiers par l'art. Les jeunes des différents quartiers reçoivent des formations communes en différents types de danse, en théâtre, en clown. Puis, à la fin, ils se rencontrent tous et ils créent ensemble. De mon côté, ce qui était bien, c'est que je voyais chaque groupe 2 fois. J'ai donné 10 ateliers à 5 groupes différents. Durant le premier atelier, je travaillais seulement sur le corps. Si il y a bien un endroit où on se rejoint, c'est dans ce corps droit, qui tient sur une série d'articulations. Donc, je partais vraiment d'un travail sur l'espace et sur le personnage, mais en partant de trucs très concrets. Si je me mets le nez par en avant et que j'avance, il y a un personnage qui surgit, il a l'air curieux ou enfantin. Une fois que tout le monde se met à marcher avec le nez en avant, tout le monde est transformé. On rit de soi, on rit de l'autre, on est ridicule, mais ce n'est pas grave. Dans un deuxième temps, j'apportais le nez rouge en leur disant qu'on allait l'utiliser comme excuse pour lâcher notre fou. On est d'abord parti du corps et ensuite on a ajouté le nez là-dessus.

Taïgue Ahmed discute avec les participants
Taïgue Ahmed discute avec les participants  
Crédit photo : Katel le Fustec

A : La cerise sur le sundae! As-tu l'impression qu'il y a eu une réelle rencontre durant les ateliers?

M : Oui, il y a une rencontre qui s'est faite. Mais ce que j'ai découvert, c'est que le clown n'existe pas là-bas. Le nez de clown, c'est quelque chose qu'on connaît très bien en Occident et qui vient de loin culturellement. Parmi les plus importants référents aujourd'hui, il y a toute la tradition du clown européen, le clown de cirque qu'on connaît mieux ici et, bien sûr, Ronald McDonald! Puis, comme formateur, on travaille à la fois avec et contre ça. Mais là-bas, je ne peux même pas me positionner par rapport à ça, parce qu'à N'Djamena, il n'y a jamais eu de cirque, puis McDonald’s n'est pas au Tchad! En plus, la raison pour laquelle le nez du clown est rouge à la base, c'est parce qu'il s'agit du nez du soûlon. On lui pardonne sa bêtise, parce qu'il est un peu saoul. Donc, le nez rouge sert d'excuse à faire ressortir la connerie ou les fragilités. Mais si tu as la peau noire et que tu es saoul, ton nez devient sûrement rouge, mais personne ne le voit.

A : Qu'en est-il des autres artistes avec qui tu as pu travailler et échanger au cours de ton voyage? Qu'as-tu tiré des moments de rencontre et des ateliers de création?

M : D'abord, c'est de rencontrer des artistes fabuleux. On prenait des matinées pour travailler, échanger sur nos pratiques en salle, improviser ensemble. J'ai eu la chance d'arriver dans une communauté d'artistes qui sont au sommet. J'ai travaillé avec les 3 ou 4 plus grands danseurs du Tchad. Ce sont des ambassadeurs de leur pays à travers le monde. Ce sont des gens qui sont d'une très grande intégrité, d'une très grande humilité et qui mènent une carrière artistique parce qu'ils considèrent que c'est important. Ils ont un rapport à l'art un peu différent et je me suis demandé si notre rapport à l'art n'est pas un peu luxueux. Pour eux, c'est à la base un outil d'expression, d'espoir, de paix, de sensibilisation. Donc, ça amène un autre regard sur l'acte d'être sur scène et de raconter. Ces artistes parlent beaucoup de leur histoire, ils ont tous des histoires qui sont très bouleversantes pour nous. Ce sont presque tous des orphelins de la guerre.

A : Comment décrirais-tu leur rapport à l'art?

M : Je ne sais pas comment résumer ce rapport à l'art, mais c'est sûr que ça questionne. Comment on le fait? Pourquoi on le fait? Qu'est-ce qu'on dit? Comment on le dit? Le premier solo que Taïgue a développé s'appelle Crache mon histoire. J'en ai vu des extraits et c'est troublant parce que c'est d'une vérité très profonde. Tu ne peux pas vraiment décrire le style, c'est entre contemporain, traditionnel, moderne, classique, hip-hop. Il y a un peu de tout ça ensemble, mais qui fonctionne, avec une technique impeccable et un propos qui transpire. Ce n'est pas un propos forcé du tout, ça émane. La façon dont ils parlent de leurs traumatismes individuels et en tant que peuple, c'est très straight, c'est très simple et, du coup, c'est hyper fort. Je l'ai vu chez plusieurs avec qui j'ai travaillé. 

A : Avec le contexte dans lequel ils vivent, il y a un aspect très brut, très franc dans ce qu'ils vivent et dans leur art.

M : Et une grande poésie. C'est riche tout ce qui passe à travers la façon dont les corps bougent. J'ai vu plus de danse que de théâtre quand je suis allé au Tchad, mais en même temps c'est une danse qui est très théâtrale, qui est très incarnée.

A : De la façon dont tu parles, c'est à mille lieues d'un art esthétisant. Justement, l'art luxueux dont tu parlais tout à l'heure. 

M : C'est très esthétique, mais on est loin de l'esthétisant.

A : Crois-tu que nous, Canadiens francophones, nous pourrions apprendre des artistes de la scène du Tchad?

M : Je pense qu'il y a chez eux une humilité de l'artiste qui est frappante et admirable, une générosité. Là-bas, il y a quelques compagnies, dont Ndam Se Na, qui se démènent. Ils n'ont rien, ils prennent de l'argent du loyer pour l'investir dans les spectacles. Ils en vivent et, non seulement ils en vivent, mais ils arrivent à transmettre leur art aux gens sur place et à l'extérieur de leur pays. Pour eux, c'est important que la communauté en profite. À la fois, ils sont partout dans le monde et, à la fois, ils sont hyper-ancrés dans leur réalité, que ce soit dans les camps de réfugiés ou dans les différents quartiers de la capitale à travers des ateliers comme ceux que j'ai donnés.

A : Suite à ce premier voyage au Tchad, que crois-tu avoir appris?

M : Je ne sais pas exactement ce que j'apprends, ce que j'ai appris ou ce que je suis en train d'apprendre, mais il y a clairement un avant et un après Tchad. Il y a, en moi, des fils qui se touchent de façon très profonde. C'est sûr que je n'envisage pas mes mises en scènes de la même façon. Il y a un état d'esprit et une vision qui ont changé.

Antoine Côté-Legault

Antoine Côté Legault

Entrevue réalisée et rédigée par Antoine Côté Legault

Formé en théâtre à l'Université d'Ottawa (baccalauréat et maîtrise), Antoine Côté Legault est un amant comblé du théâtre et de l'écriture. Dramaturge et conseiller dramaturgique, il est aussi créateur de la Bibitte Poétique, à travers laquelle il développe des spectacles de poésie-théâtre. Parallèlement à sa carrière artistique, il remplit de nombreux contrats de rédaction, d'analyse, de vulgarisation et d'animation d'atelier dans le domaine du théâtre et de la poésie orale.


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 Chez nos membres

À Créations In Vivo
Magali Lemèle

Magali Lemèle

Tournée ontarienne et québécoise

Notre production jeunesse,  20 000 lieues sous les mers: l’homme face à la nature est en tournée ontarienne et québécoise jusqu’au 31 mars 2014! 

Des prix et des nominations !

Notre co-directrice artistique, Magali Lemèle, récolte de nombreux prix et nominations pour son spectacle Je n’y suis plus. En décembre dernier, elle recevait le prix en Arts de la scène-l’Avant Première des Culturiades et dernièrement elle apprenait que Je n’y suis plus était en nomination dans six catégories aux Prix Rideau Awards dont  interprétation féminine de l'année, co-mise en scène de l’année avec Louise Naubert et production de l’année.

Lire l’article du journal LeDroit pour connaître les autres nominations.

Magali Lemèle dans Je n’y suis plus
Magali Lemèle dans Je n’y suis plus 
Crédit photo : Marianne Duval

Première tournée internationale pour Créations In Vivo!!

Suivez les aventures de notre directeur Stéphane Guertins durant les prochaines semaines. Le spectacle La cadence du conteur sera présenté à Abidjan (Côte d’Ivoire), Tallinn, Helsinky (Estonie), Riga, (Lettonie) et Vilnius (Lituanie)!! En tout, 11 représentations et des ateliers. 

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Au Théâtre du Trillium

Anne-Marie White finaliste au Prix littéraire Émergence AAOF

C’est le 20 février dernier que l’Association des auteures et des auteurs de l’Ontario français dévoilait le nom des trois finalistes de la première édition du Prix littéraire Émergence AAOF. Créé en 2013 afin d’appuyer les auteurs franco-ontariens en début de carrière, le Prix littéraire Émergence AAOF est remis pour un premier ou un second ouvrage publié à vie. Notre directrice artistique, Anne-Marie White, s’est retrouvée en lice grâce à la publication de sa première œuvre dramatique Écume (Prise de parole, 2013). L’AAOF a couronnée l’auteure Marie-Josée Martin pour son roman Un jour, ils entendront mes silences. Véronique-Marie Kaye, auteure de la pièce Afghanistan, créée en 2010 au Théâtre la Catapulte, était la troisième finaliste.

Déluge à l’Archipel
Déluge à l’Archipel – Scène nationale de la Guadeloupe
Crédit photo : Louis-Philippe Roy

Déluge sous le soleil de la Guadeloupe

C’est sous l’invitation de José Pliya, directeur artistique de L’Artchipel – Scène nationale de la Guadeloupe, que toute l’équipe de la production Déluge (2e texte d’Anne-Marie White) s’est rendue à Basse-Terre pour y présenter le cauchemar de Solange. Les deux représentations (matinée scolaire et grand public) furent acclamées et le public s’est laissé plonger dans l’univers déjanté de notre auteure acadienne. En plus, la représentation devant le public adolescent fut suivie d’une discussion avec les artistes où les questions et les commentaires étaient des plus riches. Une expérience que toute l’équipe n’est pas prête d’oublier.

Les gibiers du Théâtre du Trillium

Du 25 février au 1er mars dernier, le Théâtre du Trillium accueillait le spectacle Lapin blanc, lapin rouge de l’auteur iranien Nassim Soleimanpour (Hôtel-Motel et Orange Noyée). Cinq personnalités de la région se sont prêtées au jeu de découvrir – et de livrer — ce texte en même temps que le public. Cette forme théâtrale percutante, quoique ludique, a permis au public d’Ottawa/Gatineau de voir sur scène : Sylvain Schryburt (professeur adjoint au département de théâtre de l’Université d’Ottawa), Véronique Soucy (directrice générale et animatrice au 94,5 Unique FM), Sylvie Dufour (directrice artistique du Théâtre de l’Île), Mathieu Fleury (conseiller municipal à la Ville d’Ottawa – quartier Rideau-Vanier) et Catherine Voyer-Léger (directrice générale du Regroupement des éditeurs canadiens-français et auteure). Deux gibiers-enseignants de l’École secondaire publique De La Salle se sont aussi soumis à ce solo vertigineux dans le cadre des matinées scolaires. Les sept représentations étaient suivies d’une discussion animée par Philippe Ducros, directeur artistique des productions Hôtel-Motel, portant sur la pièce et ses thèmes, l’auteur et la situation en Iran. 

Des nouvelles en vrac

  • La production Taram (texte de Marjolaine Beauchamp/mise en scène Pierre Antoine Lafon Simard – Théâtre du Trillium 2011) est finaliste au Gala de l’Académie de la vie littéraire 2014 de Montréal. Ce gala récompense les projets artistiques qui sortent des formes conventionnelles.
  • Télé-Québec a dévoilé sa plateforme virtuelle La Fabrique culturelle. Nous vous invitons à y visionner trois clips réalisés avec l’équipe de notre co-production, le Théâtre La Rubrique, Les Mains de Jonathan. La production sera présentée à Jonquière du 19 mars au 5 avril 2014 et à Ottawa lors de la saison 14/15. 
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Au Cercle Molière
Rencontre publique du Cercle Molière
Rencontre publique du jeudi 16 janvier 2014

Rencontre publique du Cercle Molière

Suite à la demande de la communauté, le Cercle Molière a tenu sa première Rencontre publique le jeudi 16 janvier. La rencontre s’est déroulée dans une atmosphère conviviale. 43 personnes étaient présentes pour discuter du bilan 12-13 et participer en tant que membres du public au processus de planification stratégique. Le rapport annuel est affiché sur le site web du Cercle Molière, www.cerclemoliere.com, onglet ‘Compagnie’.

cinqàsept½ 

Le premier cinqàsept½ de l’année aura lieu le jeudi 13 mars. Cinq comédiens ont été appelé pour lire (à froid) le texte Le Prénom d'Alexandre de La Patellière et Matthieu Delaporte. Suite à la lecture, des discussions et de la pizza au foyer du Théâtre Cercle Molière.

On agrandit le Cercle

Le CM a accueilli au sein de son équipe Adrian Fernandes, qui assume les tâches liées à la philanthropie et la collecte de fonds. Adrian est en poste depuis le début janvier.

La Petite école de théâtre du CM

La Petite école de théâtre a présenté son spectacle de fin d’année devant un public d’une centaine de parents et amis ce dimanche 9 mars dernier. En tout, 18 jeunes ont participé aux cours de la Petite école de théâtre cette année et ils anticipent tous revenir l’an prochain.

Développement professionnel

Grâce à une subvention du SAIQ, le Cercle Molière a pu accueillir monsieur Yves Arsenault pour donner une formation sur le logiciel Watch Out les 6, 7 et 8 mars dernier. 

La subvention permettra aussi l’accueil de Frédéric Dubois qui viendra offrir une formation de mise en scène les 11, 12 et 13 avril.

Soirées sous-titrées

Le Cercle Molière lancera les Soirées sous-titrées lors de la 4e pièce de la saison 13-14, Le dieu du carnage. Le projet pilote a pour but de rendre les pièces accessibles à un public non-francophone. Les spectateurs désirant les sous-titres auront accès à des iPod Touch à l’accueil, lors de soirées désignées. Les appareils personnels créeront une expérience intime pour l’utilisateur tout en offrant une expérience non-intrusive pour son voisin.

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 En route vers le 30e !

En route vers le 30e !

L’Association des théâtres francophones du Canada fêtera son 30e anniversaire au cours de l’année 2014-2015. Se dirigeant tranquillement vers cet événement important, l’ATFC désire vous présenter les compagnies qui la composent! Depuis notre édition de septembre 2012, nous vous amenons donc à la rencontre des compagnies et de leurs directions artistiques, question de bien cadrer cet anniversaire important ! 

LE THÉÂTRE L’ESCAOUETTE

Le théâtre l'Escaouette a été fondé en tant que coopérative en 1978 par un groupe de jeunes artistes de théâtre de Moncton, dont Marcia Babineau. En plus de son travail soutenu d'actrice, de metteure en scène et de pédagogue, elle assure la direction artistique de l'organisme dont elle est cofondatrice depuis 1995. Entretien avec une femme de théâtre qui fait partie de la destinée du théâtre l'Escaouette depuis le tout début.

La fondation d'une coopérative de théâtre acadien pour la jeunesse

Antoine Côté-Legault

Antoine Côté Legault

Antoine Côté Legault : Comment le théâtre l'Escaouette a-t-il été fondé? 

Marcia Babineau : C'est un rêve qu'on entretenait durant nos études. À la sortie de notre baccalauréat en théâtre à l'Université de Moncton, nous voulions vivre de notre métier et nous voulions le faire en travaillant chez nous. Ce qui n'était pas vraiment possible à ce moment-là. Très tôt, on a décidé de faire un théâtre de tournée pour l'enfance et l'adolescence. Un réseau déjà existant était celui des écoles, on a donc décidé de travailler avec le système scolaire et d’y tourner. 

Marcia Babineau
Marcia Babineau, directrice artistique du théâtre l’Escaouette
Crédit photo : Marc Paulin

A : Quelles étaient vos préoccupations sur un plan artistique?

M : On était intéressé à développer une dramaturgie acadienne, qui était presque inexistante à l'époque. Il y avait quelques textes qui avaient été créés, mais on ne pouvait pas vraiment parler de dramaturgie acadienne. Notre première idée a été d'approcher des écrivains connus, surtout des poètes, et de leur faire des commandes. 

A : Vous vous intéressiez beaucoup à l'histoire à ce moment-là?

M : Oui, parce que notre histoire, on ne la connaissait pas. À l'école, on apprenait celle du Canada, de la France, du Québec. On était exaspéré de voir l'histoire avec les yeux des autres. Donc, on s'est penché sur l'histoire de l'Acadie pour créer un sentiment d’appartenance achez les jeunes et les exposer à des figures historiques auxquelles ils pouvaient se rattacher et s’identifier. 

A : Quelle était la signature scénique de l'Escaouette?

M : On était influencé par une esthétique pauvre, par le Jeune Théâtre américain et le Jeune Théâtre québécois. On n'était pas très institutionnalisé à l'époque! (Rires) On travaillait avec les moyens du bord. Tout devait être extrêmement léger et mobile, parce qu'on faisait uniquement de la tournée.

A : Y avait-il un metteur en scène attitré?

Histoire en histoire

Histoire en histoire, Herménégilde
Chiasson, 1980

M : Au début, on faisait la mise en scène collectivement, mais on recherchait un regard extérieur. On donnait ce rôle à un artiste du milieu. Quand on a fait Histoire en histoire (Herménégilde Chiasson, 1980) on a demandé à Viola Léger d'être cet œil extérieur. C'est au début des années 80, je pense, qu'on a approché des metteurs en scène pour diriger les spectacles.

A : L'Escaouette était une coopérative au moment de sa fondation, qu'est-ce que ça signifiait concrètement?

M : C'était un esprit coopératif dans le sens où les fondateurs pouvaient répéter le matin, travailler à la fabrication des costumes ou à une demande de subvention en après-midi et le soir, construire le décor. Le travail était distribué selon les forces de chacun. Et toute forme d’auditions était inexistante. 

A : L'organisme s'est beaucoup organisé au fil des années.

M : Oui ça s'est énormément organisé au fil des années, peut-être plus à partir de 1985. Au début, il n'y avait pas de direction artistique officielle, Roger Leblanc (1978-1985) assumait cette fonction probablement parce qu'il était plus habile à la planification et à l’articulation d’une vision. Il n'était pas rémunéré comme directeur artistique, par contre il touchait un salaire de comédien et jouait dans les spectacles.

A : Il y a ensuite eu deux courts mandats qui se sont suivis à la direction artistique ceux d'Eugène Gallant (1985-1987) et de Katherine Kilfoil (1987-1989). 

M : Oui, le passage de Katherine Kilfoil et d'Eugène Gallant a apporté certains changements et créé certaines tensions mais somme toute, a fait évoluer la compagnie autrement. Ils avaient fait leurs études à l'École nationale et avaient travaillé dans des compagnies ailleurs au pays. Ils avaient une autre notion du théâtre qui ressemblait davantage à une compagnie qu’à la coopérative d’artistes créée par les fondateurs. Chez les fondateurs il y avait une forte volonté de développer et de faire connaître la dramaturgie acadienne et la notion du groupe était capitale alors qu’avec ces nouvelles directions artistiques une importance était accordée aux auditions et parfois au répertoire.

A : Ensuite, Maurice Arsenault (1989-1994) est arrivé.

M : À titre de directeur artistique, Maurice a organisé davantage la coopérative pour en faire une compagnie. Il a rassemblé une équipe d’artistes autour de la vision initiale de la compagnie comme organisme voué à la dramaturgie acadienne. En 1988, je terminais mes études aux États-Unis. Ce groupe d’artistes composé de Herménégilde Chiasson (auteur–scénographe), Marc Paulin (éclairagiste), Yves Turbide (comédien), Jean-Marie Morin (environnement sonore) et moi-même a constitué l’équipe de base de cette nouvelle vision. Maurice, gestionnaire hors pair, épaulé par cette équipe, a donné un nouveau souffle au théâtre l’Escaouette.  De nouveaux postes ont été créés dont celui de marketing occupé par Robert Melanson.  

Roger LeBlanc, Eugène Gallant, Katherine Kilfoil, Maurice Arsenault, Yves Turbide et Marcia Babineau

Se donner pignon sur rue

A : Comment est né le projet de vous installer dans une salle à Moncton?

M : Le théâtre l’Escaouette était d'abord et avant tout une compagnie de tournée pour la jeunesse, nous étions très connus dans les écoles secondaires partout dans la province, au Canada et même en Europe, où nous avions fait quelques tournées. Mais nous n’étions absolument pas connus à Moncton. Locataire au Centre culturel Aberdeen, là où était le siège social de la compagnie et nos installations, le théâtre l’Escaouette s’est donné comme mission en 1992-1993 d'aménager une salle de spectacle au troisième étage afin de faire connaître davantage son travail et ses productions à un tout autre public, les adultes. Ceci représentait une occasion d’augmenter à la fois la visibilité de la compagnie et de permettre aux artistes de travailler sans les contraintes de la tournée qui représentait à cette époque le seul moyen de diffusion. L'idée de s'installer dans une salle fixe a pris racine chez les artistes et les concepteurs qui se sentaient à l’étroit quant aux contraintes de tournée, ils avaient envie de faire un autre type de création et souhaitaient entrer en contact avec des artistes d'ailleurs.

A : Vous installer en salle fixe vous a permis quoi exactement?

M : Ça nous a permis de travailler de façon plus élaborée au niveau de l’esthétique, de l'espace théâtral et de la scénographie. Généralement, l'espace scénique s’apparentait davantage à un élément scénographique qu’à un véritable décor théâtral. Mis à part les textes et la mise en scène, d’autres concepteurs ont été importants. Marc Paulin, concepteur d'éclairage et Jean-Marie Morin, concepteur sonore, ont été très importants à la définition de cette nouvelle esthétique. Ces éléments avaient été peu développés en raison de la tournée.  Leur travail nous a propulsé dans une recherche dans les domaines de l'environnement sonore et des éclairages. Jean-Marie Morin nous a rejoint en 1986-1987 et il est resté avec nous jusqu’à sa mort en 2001. Aujourd’hui, l’éclairage de Marc Paulin, entre autres, est encore un des aspects qui définit notre esthétique.

Le théâtre l’Escaouette
Le théâtre l’Escaouette au 170, rue Botsford, Moncton

Et la suite...

A : Quand vous regardez le chemin parcouru depuis 1978, qu'est-ce que vous constatez?

M : Il y a une plus grande écologie théâtrale qui se développe de plus en plus avec la jeune génération.  Il y a plusieurs jeunes compagnies qui ont pris naissance dans le milieu de Moncton dans les derniers dix ans : le Théâtre La Cigogne, le Théâtre Alacenne, feu Moncton-Sable, le Théâtre Gauche. Il y a de plus en plus de jeunes compagnies qui ont à cœur la création et qui viennent travailler chez nous. J'ai l'impression qu'on a beaucoup contribué au développement et à la création de cette écologie théâtrale. 

A : En parlant de cette nouvelle génération justement, quels sont vos souhaits d'avenir? 

M : Je souhaite qu'on puisse leur faire de plus en plus de place. Tant qu'il n'y aura pas de financement accru, il nous sera difficile de mettre des ressources à leur disposition. Car la location demeure une source principale de financement du lieu de création et de diffusion.  Dans un avenir rapproché, ce serait intéressant de pouvoir mettre des ressources à la disposition des jeunes compagnies afin de stimuler davantage le milieu. Un autre rêve que j'entretiens ce serait de créer autour de l'Escaouette des compagnies ou une compagnie d’artistes. J'aimerais travailler sur une plus longue durée avec des artistes de toutes générations confondues, les plus engagés dans un processus de création. Le temps de faire une série de spectacles tout simplement parce que ça nous permettrait de développer un tout autre langage théâtral ensemble.  Il me semble que c’est ce qui est intéressant au delà de tout dans notre travail, une véritable et authentique présence scénique des acteurs qui défendent une parole urgente qui rejoint le public et lui donne un espace de réflexion commun. 

Pour en savoir davantage sur le théâtre l’Escaouette, visitez son site Internet ou suivez-le sur Facebook et Twitter @escaouette. Il est également possible de visionner des vidéos sur son compte YouTube!

Dans le Bulletin de juin 2014, l’ATFC vous présente le Théâtre la Catapulte!

Laurie ou la vie de GaleriePour une foisLes trois exils de Christian E et Visage de feu
Le Christ est apparu au Gun ClubVie d’cheval

1 : Laurie ou la vie de Galerie, d’Herménégilde Chiasson

2  : Pour une fois, d’Herménégilde Chiasson

3 : Les trois exils de Christian E., de Philippe Soldevila et Christian Essiambre. Crédit photo : Nicola-Frank Vachon

4 : Visage de feu, de Marius von Mayenburg (traduit par Laurent Mulheisen, Mark Blezinger et Gildas Milin et adapté par Joël Beddows et Frank Heibert). Crédit photo : Gilles Landry

5 : Le Christ est apparu au Gun Club, d’Herménégilde Chiasson

6 : Vie d’cheval, d’André Roy et Mélanie Léger. Crédit photo : Marc Paulin

Antoine Côté-Legault

Antoine Côté Legault

Entrevue réalisée et rédigée par Antoine Côté Legault

Formé en théâtre à l'Université d'Ottawa (baccalauréat et maîtrise), Antoine Côté Legault est un amant comblé du théâtre et de l'écriture. Dramaturge et conseiller dramaturgique, il est aussi créateur de la Bibitte Poétique, à travers laquelle il développe des spectacles de poésie-théâtre. Parallèlement à sa carrière artistique, il remplit de nombreux contrats de rédaction, d'analyse, de vulgarisation et d'animation d'atelier dans le domaine du théâtre et de la poésie orale.

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 En bref

L'ATFC souligne ses 30 ans!
Visionner

L’ATFC lance une nouvelle version de son logo afin de souligner le 30e anniversaire de sa fondation en 1984. Ce logo sera utilisé jusqu’à la fin de l’année 2014. Pour en obtenir une copie électronique, veuillez contacter Céline Paquet à l’adresse cpaquet@atfc.ca

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La dixième remise des Prix d'excellence de la Fondation pour l'avancement du théâtre francophone au Canada

C’est le 6 mars dernier que le bras philanthropique de l’ATFC, la Fondation pour l’avancement du théâtre francophone au Canada, lançait le concours de la dixième remise de ses Prix d’excellence, qui devrait se dérouler à Québec le 1er juin prochain. Les candidats intéressés à soumettre une demande ont jusqu’au 4 avril pour le faire. Parmi les nouveautés, la Fondation est très heureuse d’annoncer la création d’un second prix dans l’Ouest, le Prix Roland Mahé-Banque Nationale. On trouvera tous les renseignements nécessaires sur le site Internet de la Fondation.

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Pour la quatrième année consécutive, l'ATFC formera une délégation de trois auteurs franco-canadiens, qui se rendront au Festival du Jamais lu, à Montréal

Les auteurs intéressés ont jusqu’au 2 avril pour soumettre leur candidature. Il s’agit d’une riche occasion de découvrir la jeune dramaturgie montréalaise et de se réseauter avec ses auteurs.  Une foule d’activités aura lieu entre le 2 et le 9 mai prochain. On peut consulter l’appel de projets en visitant le site de l’ATFC.

Par ailleurs, cette année encore, un texte franco-canadien fera partie de la programmation officielle. Celle-ci sera annoncée le 1er avril prochain. Surveillez les annonces !

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Le 27 mars, c'est la Journée mondiale du théâtre !

L’Association des théâtres francophones du Canada (ATFC), Professional Association of Canadian Theatres et Playwrights Guild of Canada unissent, pour la quatrième année consécutive, leurs efforts dans la promotion de cette journée qui permet, un peu partout sur la planète, de célébrer l’art théâtral, mais aussi de le positionner aux plans social, esthétique, éthique, et autres. Les trois partenaires ont à nouveau commandé un message pancanadien, lequel sera lu en français et en traduction anglaise d’un bout à l’autre du Canada, et ce lors de diverses cérémonies, le 27 mars prochain. Cette année, la responsabilité de rédiger ce message revient à l’auteure acadienne Mélanie Léger, codirectrice du Théâtre Alacenne, de Moncton, au Nouveau-Brunswick. La traduction anglaise a été assurée par l’auteure et traductrice Chantal Bilodeau. On peut télécharger le message de Mélanie Léger à partir du site Internet de l’ATFC et voir Mélanie en faire la lecture sur une courte vidéo !

Par ailleurs, à l’occasion des festivités du 27 mars, plusieurs compagnies de l’ATFC tiendront des activités spéciales. Certaines en profiteront d’ailleurs pour tenir une activité de consultation auprès de leur public. Cette consultation s’inscrit dans la campagne nationale lancée par notre association en janvier dernier grâce à laquelle elle souhaite entendre de la part de tous les publics auxquels s’adressent l’ensemble de ses compagnies membres ce que représente, pour eux, la fréquentation du théâtre professionnel.

Pour ceux qui désirent participer à cette consultation, vous pouvez le faire immédiatement à travers le site de l’ATFC.

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