Message 2017 : Gilles Poulin-Denis, traduction de Mishka Lavigne

 

ATFC JMT PGCPACT

 

 

 

Message canadien pour la Journée mondiale du théâtre

Écrit par Gilles Poulin-Denis 

Une collaboration de l’Association des théâtres francophones du Canada (ATFC) avec Playwrights guild of Canada (PGC) et Professional Association of Canadian Theatres (PACT)

 

Comme la philosophie, le théâtre est une conversation qui traverse le temps; les œuvres qui se créent aujourd’hui sont en dialogue avec celles du passé, cherchant soit à poursuivre une tradition, soit à s’en défaire.

Alors où en est cette conversation aujourd’hui?

Depuis quelques années, le théâtre explose hors de son cadre conventionnel. Il se permet d’emprunter aux autres formes d’arts comme le cinéma, la danse, la performance, l’art visuel. Il existe même hors des murs du théâtre, dans la rue lors de performances in situ, dans nos oreilles avec des œuvres radiophoniques et même par le biais de nos ordinateurs et de nos téléphones portables. Si les histoires traversent le temps, de Sophocle à Shakespeare à Jordan Tannahill, la manière de les raconter change toujours; les formes se sont multipliées et les démarches sont en constante évolution. C’est ce qui fait que le théâtre est réellement un art vivant qui est continuellement en train de se réinventer et d'offrir une réflexion sur son temps, sur sa société.

D’ailleurs, éradiquons de nos échanges cette phrase, entendue maintes fois dans les halls des théâtres ou aperçue dans les lignes d’une critique, « ce n’est pas du théâtre » car elle vient étouffer toute envie de dialoguer et vient clore définitivement la conversation qui dure depuis des siècles sur notre pratique. Ceux qui prononcent cette phrase n’ont qu’à se réfugier dans les archives, la nostalgie et dans leur complaisance. En s’efforçant à trop définir cet art et à le figer dans le temps, ils finiront par en faire un art muséal. 

Nous, les artistes, les artisans, nous devons continuer à repousser les limites et explorer de nouvelles formes. Conservons cette curiosité qui nous pousse à aller à la rencontre de l’inconnu, à prendre des risques dans la création, à ne faire aucune concession lors de nos créations.  Cultivons cette audace dans ce que nous créons, mais aussi dans le choix des œuvres que nous programmons et dans celui des artistes que nous soutenons.

Toutefois, à l’heure où certains théâtres luttent pour remplir leurs salles, nous avons la responsabilité de nous demander où est le public? A-t-il abandonné le théâtre? Et si c’est le cas, pourquoi? On n’entend jamais : « Je n’aime pas le cinéma. Une fois j’ai vu un film, c’était pas bon, j’y retournerai plus. » Si le théâtre subit ces préjugés, alors que la plupart des autres disciplines s’en trouvent épargnées, c’est justement parce que pour ces individus qui ont abandonné le quatrième art la conversation sur le théâtre s’est arrêtée. Elle s’est justement figée dans le temps. Elle ne leur envoie que l’image d’un art poussiéreux où l’on porte des costumes d’époques et où l’on parle en rimes. Et c’est peut-être simplement que ce public n’a pas encore trouvé son théâtre.

Alors que peut nous offrir le théâtre en 2017? Nul ne le sait exactement. Mais chose certaine,  peu importe la forme que prendra le théâtre auquel on assiste, il y aura inévitablement une constante. C’est ce moment très précis - qu’on soit assis dans une salle centenaire toute en dorure, dans une boite noire pourrie, dans le milieu de la rue ou seul devant un écran -, cet instant où notre attention complète se fixe sur la scène et où nous savons que ce qui se déroulera sous nos yeux est éphémère, que nous assistons à un évènement, ici-maintenant. Ce petit instant-là est suspendu dans le temps, il est plein de promesses et juste pour ce moment, le théâtre demeure un lieu d’exception.

Gilles Poulin-Denis

Vancouver, le 27 janvier 2017

 


 

Canadian World Theatre Day Message

By Gilles Poulin-Denis

A collaboration of l'Association des théâtres francophones du Canada(ATFC) with Playwrights Guild of Canada (PGC) and Professional Association of Canadian Theatres (PACT)

 Translated into English by Mishka Lavigne

 

Like philosophy, theatre is a conversation that crosses the boundaries of time: the works created today are in dialogue with the works created in the past, looking to either carry on or break tradition.

So where does this conversation stand today?

For a number of years, theatre has been pushing out of its conventional frame. It’s giving itself permission to borrow from other forms of art like cinema, dance, performance, visual arts. It even exists outside the confines of the theatre walls: in the streets during in situ performances, in our earphones during audio plays and even within our computers and our smart phones. If stories can cross time, from Sophocles to Shakespeare to Jordan Tannahill, the way to tell them is ever changing: forms are limitless and processes are in constant evolution. This is what makes theatre an art that is truly alive, that is continually reinventing itself and offering a reflection on its time and its society.

Moreover, let’s eradicate this sentence, heard time and time again in theatre lobbies and printed too often in reviews, from our discussions: “this isn’t theatre”. Saying this sentence effectively shuts down any desire for dialogue and brings the century-old conversation about our practice to a definite close. Those who utter this sentence can take refuge in archives, in their nostalgia and in their complacency. By endeavouring to define this art too much and to freeze it in time, they will succeed in making theatre an art of museums.

We, artists, artisans, need to continue to push back limits and explore new forms. Let’s keep this curiosity that drives us to meet the unknown, to take risks in creation, to make no concession with our work. Let’s cultivate this daring with what we create but also with the choice of programming we curate and the choice of artists we support.

However, at a time when certain theatres are fighting to fill their seats, we have the responsibility to ask ourselves where is the audience? Has it abandoned the theatre? And if this is the case; why? We never hear “I don’t like cinema. One time, I saw a movie, it was bad. I won’t ever go back”. If the theatre suffers from these prejudices, while most other disciplines are safe from them, it’s precisely because, for these individuals who gave up on the stage, the conversation about theatre has stopped. It is precisely because this conversation has been frozen in time. Theatre only gives them the image of a dusty art form where we don old costumes and speak in rhymes. But maybe it’s simply because this audience hasn’t found their theatre.

So what can theatre offer in 2017? No one knows exactly. But one thing is certain, no matter what form the theatre we attend takes, there will inevitably be a constant. It’s this precise moment – whether we’re sitting in a centuries old theatre with gilded gold ceilings, in a crappy black box theatre, in the middle of the street, or alone in front of a screen – this instant when our full attention is devoted to the stage and we know that what is happening in front of our eyes is ephemeral, that we are seeing an event in the here and now. This little moment is frozen in time, it is filled with promises and for this little moment, the theatre remains an exceptional place.

Gilles Poulin-Denis

Vancouver, January 27th, 2017

 


 

Gilles Poulin-Denis

Originaire de la Saskatchewan, Gilles Poulin-Denis est comédien, auteur, traducteur et metteur en scène. Le 15 février dernier, Gilles était nommé directeur artistique des Zones Théâtrales. Il habite présentement Vancouver et est également directeur artistique et cofondateur des Productions 2PAR4. Diplômé en jeu de l’École supérieure de théâtre de l’UQAM, sa première pièce, Rearview, créée en 2009 par La Troupe du Jour, est un coup de cœur aux Zones Théâtrales et en tournée. Publié chez Dramaturges Éditeurs, ce texte est sélectionné pour le prix du Gouverneur général en 2010 et monté en français et en anglais au Canada ainsi qu’en Belgique. Sa seconde pièce, Statu quo, est présentée en lecture aux Zones en 2011; la production est programmée dans la saison Enfance-jeunesse du Théâtre français du CNA et offerte en tournée pancanadienne. De 2008 à 2011, Gilles est auteur associé au Théâtre français du CNA sous l’égide de Wajdi Mouawad. C’est lors de cette résidence qu’il développe le texte Dehors, qui est mis en lecture au Théâtre français du CNA, au Jamais Lu, au Carrefour international de théâtre, au festival Dramaturgies en Dialogue et aux Zones Théâtrales; la production fait partie des programmations 2016-2017 du Centre du Théâtre d’Aujourd’hui et du Théâtre français du CNA. En 2015, il présente un chantier de Straight Jacket Winter, texte qu’il coécrit avec Esther Duquette; le spectacle est créé au Carrefour international de théâtre en mai 2016 et présenté en tournée canadienne par la suite. Il collabore actuellement au Wild West Show de Gabriel Dumont avec neuf autres auteurs, dont Jean Marc Dalpé, Alexis Martin et Yvette Nolan; cette fresque théâtrale sur la lutte des Métis de l’Ouest canadien sera créée au Théâtre français du CNA en octobre 2017. Il travaille également sur un projet intitulé Ce qu’on attend de moi dans le cadre d’une résidence au Théâtre Aux Écuries. Gilles fait également la mise en scène de Bonjour, là, bonjour, de Michel Tremblay, pièce présentée au Théâtre la Seizième de Vancouver en février 2017. 

 


 

Actor, playwright, translator and director, Gilles Poulin‑Denis is a graduate of the acting program at UQAM’s École supérieure de théâtre. In February, Gilles was appointed as the new artistic director of Zones Théâtrales. Originally from Saskatchewan, he is currently based in Vancouver, where he is the artistic director and cofounder of Productions 2PAR4. His first play, Rearview, premiered in 2009 by La Troupe du Jour (Saskatoon), was a hit at Zones Théâtrales 2009 and on tour. It was published by Dramaturges Éditeurs, won the 2010 Governor General’s Literary Award for Drama, and was staged in English and French across Canada and in Belgium. His second play, Statu quo, was workshopped at Zones Théâtrales 2011 and presented by NAC French Theatre as part of its series for young audiences, and toured across Canada. As NAC French Theatre’s playwright in residence from 2008 to 2011, under the artistic directorship of Wajdi Mouawad, Gilles developed his third play, Dehors, which was given staged readings at, among other events, the Festival du Jamais Lu (Montreal), the Carrefour international de Québec, Dramaturgie en Dialogue and most recently during Zones Théâtrales 2015 as well as his fourth play, Straight Jacket Winter. The latter two plays were included in NAC French Theatre’s 2016-17 season. Gilles participated in the development of Après la peur, coproduced by the Centre du Théâtre d’Aujourd’hui (Montreal) and (e)Utopia3 (Brussels). He is a founding member of the theatre collective Les petites cellules chaudes, with which he cocreatedt the iShow, presented at Zones 2013. Currently, he is one of nine playwrights with Jean Marc Dalpé, Alexis Martin and Yvette Nolan developing Gabriel Dumont’s Wild West Show, an NAC French Theatre coproduction about the Métis struggle in Western Canada, which will be presented at the NAC in October 2017. He is also working on a project called Ce qu’on attend de moi as part of a creative residency at Montreal’s Théâtre Aux Écuries.  Recently, Gilles was part of the production of Bonjour, là, bonjour (Michel Tremblay) presented at Théâtre la Seizième in Vancouver.

 


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