Le Théâtre jeune public et le milieu de l'éducation

La très grande majorité des compagnies de l'ATFC proposent certaines de leurs productions au jeune public, autant celui du secteur de l’élémentaire que celui du secondaire. Elles apportent ainsi une importante contribution au milieu de l’éducation de la francophonie canadienne. Par ricochet, il s’agit là, pour elles, d’un marché essentiel, qu’elles chérissent en lui apportant beaucoup de soin.

À titre d’exemple, parmi les 590 représentations offertes au jeune public durant l’année 2011-2012, 285 ont été données directement dans les écoles, touchant 97 261 jeunes, dans 7 provinces et 1 territoire du Canada. Sur l'ensemble des spectacles présentés, 8 consistaient en de nouvelles œuvres.

Malheureusement, depuis de très nombreuses années, on dénote trois obstacles au rayonnement du théâtre franco-canadien destiné au jeune public. Ces obstacles sont liés au financement, à une certaine frilosité face au contenu des productions, ainsi qu’au manque d’infrastructures pouvant accueillir des propositions théâtrales articulées aux plans spatial, scénographique, et technique. Les conditions de présentation du théâtre destiné à l’enfance et à la jeunesse sont ainsi toujours très difficiles. Certaines compagnies affirment d’ailleurs qu’elles sont encore plus ardues qu’il y a vingt ans. 

Tout d’abord, peu d’écoles respectent les jauges demandées par les compagnies. Plusieurs achètent les productions en y amenant l’ensemble de leurs élèves, sans se soucier si la proposition s’adresse à un groupe d’âge en particulier. Cela a pour répercussions que plusieurs représentations ne se déroulent pas dans des conditions d’écoute adéquates, le public étant trop nombreux. De même, parfois, il n’est pas celui auquel un spectacle précis souhaite s’adresser.

En ce qui regarde les cachets, ceux-ci demeurent toujours extrêmement bas, n’ayant à peu près pas bougé en trente ans. Il faut d’ailleurs souligner les graves problèmes de financement dans le secteur de l’éducation de plusieurs provinces. De même, il faut déplorer un manque de reconnaissance de la valeur du théâtre destiné aux jeunes publics ainsi que la méconnaissance des coûts de création et de diffusion d'un spectacle, peu importe à qui il s’adresse.

Sur un autre plan, le contenu même de certaines productions est sujet à discussion, les responsables scolaires voulant s'assurer d'un contenu lisse, non-dérangeant (et donc peu susceptible de recevoir des plaintes de la part des parents). Cette réalité représente un défi de taille pour les compagnies qui proposent des créations visant à toucher et à interroger le spectateur, une démarche qui nous semble, dans une perspective large, hautement éducative. Là aussi, il faut déplorer l’absence d’une véritable philosophie par rapport à la place de l’art à l’école, en souhaitant un regard qui ne se limiterait pas à la promotion de discours sociaux et de valeurs éducatives, ou encore à une perspective identitaire franco-canadienne, laquelle nous semble par trop réductrice.

Beaucoup reste ainsi encore à faire afin que la valeur intrinsèque de l’activité théâtrale en milieu éducatif soit reconnue, non seulement sa contribution à la construction identitaire, mais aussi celle au développement de la personne vue dans sa globalité, notamment au plan de la pensée, de l’imaginaire, de la sensibilité et de la connaissance de l’autre.

Par ailleurs, on remarque que de plus en plus d’écoles préfèrent débourser pour que leurs élèves assistent à des spectacles issus du domaine scolaire - qu’ils soient créés à l’école même ou dans d’autres institutions –. Ceci a pour répercussion qu’elles sont bien moins enclines à acheter des productions professionnelles. Il serait absurde que l’ATFC soit en désaccord avec le fait que des jeunes puissent eux-mêmes s’adonner à la pratique du théâtre. Elle déplore néanmoins que, dans une perspective de budgets limités, cela empêche de nombreux jeunes Canadiens d’être en contact régulier avec des productions professionnelles de théâtre. Il va de soi que l’expérience n’est pas du tout la même.  

Finalement, en francophonie canadienne, faute d’infrastructures adéquates, la grande majorité des représentations sont offertes en gymnase, un endroit où il est fort ardu de faire advenir une certaine magie et de créer une expérience théâtrale marquante. Les écoles francophones ou d’immersion française ont à jongler avec des moyens réduits, ce qui rend l’idée même d’organiser des déplacements en autobus impossible. C’est sans parler des distances très importantes qui séparent souvent deux écoles francophones. L’ATFC souhaite néanmoins que les écoles francophones et d’immersion puissent s’inspirer de la façon de faire d’un organisme comme Canadian Parents for French (qui valorise la langue française et fait la promotion de l’enseignement du français dans le milieu anglophone). Cet organisme achète une série de spectacles, loue une véritable salle, et y amènent les jeunes. En conséquence, la compagnie peut y présenter une série de représentations pouvant aller généralement jusqu’à quatre ou cinq.

L’ATFC souhaite mieux dialoguer avec le secteur de l’éducation afin de bien démontrer que, si le théâtre présenté dans un gymnase peut être intéressant comme initiation à cet art, l’expérience globale est extraordinairement plus forte et percutante quand on assiste à un spectacle dans une véritable salle.

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