Gestion des infrastructures

Un financement inadéquat, des ressources humaines en nombre insuffisant.

Mise en contexte

Tout d'abord, un brin d'histoire. Au milieu des années 1990, la plupart des compagnies de théâtre professionnel de la francophonie canadienne exerçaient leurs activités depuis déjà une bonne vingtaine d’années. À l’époque, plusieurs d’entre elles ressentaient le besoin de se doter d'une infrastructure théâtrale correspondant aux standards courants en matière de production et de diffusion. C’était il y a maintenant plus de vingt ans.

Au milieu de la décennie 2010, si toutes les compagnies ont désormais accès à des installations professionnelles, elles doivent toutefois faire face à une problématique importante qui, bien qu’elle ait été nommée, entendue et corroborée par nos partenaires/bailleurs de fonds, semble pourtant ne pas trouver de solution : le financement public permettant une gestion et une exploitation saine de ces lieux, tout en protégeant le mandat premier des compagnies, soit la création de spectacles.

Préambule

Le besoin de trouver des solutions qui permettront d’augmenter le nombre des ressources humaines permanentes dont disposent l’ensemble des compagnies de l’ATFC – des ressources humaines qui soient au diapason de l’ampleur de leurs mandats –représentera, sans conteste, le principal dossier de l’association dans un avenir à moyen terme.

La problématique consiste à trouver des moyens de dégager les directions des compagnies afin qu’elles puissent bénéficier d’un temps conséquent pour se consacrer de façon optimale au mandat premier des théâtres dont elles ont la responsabilité, l’objet artistique. Les compagnies qui possèdent maintenant une forme de responsabilité envers une infrastructure théâtrale se voient depuis plusieurs années maintenant déchirées entre une pluralité de mandats qui les éloignent chaque jour un peu plus de leur champ d’activité et de rayonnement principal.

Depuis leur création, ces infrastructures bénéficient grandement aux compagnies. Elles sont une des raisons principales de leur important développement sur le plan artistique. Toutefois,  le personnel qu’elles sont en  mesure d’engager et de rémunérer est, et ce depuis plusieurs années déjà, insuffisant pour leur permettre de gérer ces deux mandats – la création de spectacles et la gestion d’un espace théâtral – avec un maximum d’efficacité.

De quoi parle-t-on exactement ?

D’offrir des moyens accrus aux compagnies membres de l’association afin qu’elles puissent engager deux à trois employés supplémentaires chacune.

Les mandats des compagnies du Canada français sont très larges. En raison de leur situation linguistique minoritaire, leur action ne peut être de nature spécialisée, la plupart effectuant avec des équipes réduites des actions correspondant à celles de plusieurs organismes évoluant en milieu majoritaire.

Par ailleurs, les activités de près de la moitié des compagnies de l’ATFC s’articulent autour d’un mandat provincial, dont la nature est historique. Étant, pour plusieurs, les seuls théâtres d’expression française à l’intérieur d’un très vaste territoire, et souhaitant, c’est l’évidence, faire preuve d’une logique de continuité dans leurs activités, ils ont le devoir de dialoguer avec divers types de public. Ils se sont d’ailleurs engagés en ce sens très tôt envers eux. Nulle parmi les compagnies de l’ATFC ne remet en cause la pertinence de tous ces champs d’action.

La problématique particulière des infrastructures

Les partenaires fédéraux de l’ATFC le reconnaissent eux-mêmes : il faut protéger le mandat de création des compagnies tout en assurant la viabilité financière des lieux spécialisés créés au cours des quelque derniers dix-sept ans un peu partout au pays. En 1995, un seul de nos théâtres bénéficiait d’une salle permanente. Maintenant, onze des quatorze compagnies de l’association sont directement identifiées à une infrastructure théâtrale pour laquelle elles possèdent une forme de responsabilité. Après Edmonton en 1996, Sudbury en 1997, Ottawa en 1999, Caraquet et Moncton en 2004, Toronto en 2008, deux autres projets se sont réalisés en 2010 : à Saint-Boniface, où le Cercle Molière a ouvert les portes de sa salle et à Saskatoon, où la Troupe du Jour a inauguré son Centre de production. Le réseau pancanadien d’infrastructures identifiées aux compagnies théâtrales francophones est ainsi maintenant bien en place.

L’érection de ce réseau a, c’est l’évidence, transformé la situation des compagnies. D’abord et avant tout en leur fournissant des moyens beaucoup plus adéquats quant à la poursuite de leur développement artistique. L’impact est perceptible, non seulement par l’essor qu’ont connu les programmations, mais surtout dans la progression tout à fait significative du développement des publics. Il va de soi que ces derniers se déplacent d’autant plus volontiers quand ils savent qu’ils entreront dans un environnement allant de pair avec la qualité professionnelle de la représentation. Il faut très certainement se réjouir des résultats qu’a fait naitre l’établissement de ce réseau d’infrastructures. L’impact est grandement positif et il n’est pas question de retourner en arrière.

Si l’arrivée d’infrastructures adéquates a transformé le quotidien des compagnies, il a, avec les années, amené son lot de pressions et d’écartèlements dans l’organisation même de plusieurs de nos théâtres. Puisque la compagnie doit continuer à œuvrer avec des subventions de fonctionnement qui sont restées sensiblement les mêmes qu’avant l’époque correspondant à l’arrivée de ces nouvelles responsabilités, la plupart des employés doit dorénavant se partager entre les besoins de la compagnie et ceux de ses espaces.

Le manque de locaux adéquats dans une même communauté crée rapidement une forte demande quand naît une infrastructure dans la francophonie canadienne. Et pourtant, ce rôle d’encouragement de la part des théâtres face aux organismes artistiques émergents, culturels et communautaires est rarement reconnu, ou financièrement encouragé par les divers paliers de gouvernement. Les lieux finissent par servir à tout le monde, mais leur poids incombe uniquement à la compagnie de théâtre.

Il faut mentionner que la mise en place d’infrastructures crée dans la plupart des communautés de nombreuses attentes, et ce dès leur idéation. Ces expectatives en matière de programmation vont souvent bien au-delà de la présentation de spectacles de nature théâtrale.

À titre d’exemple, considérons la Troupe du Jour, de Saskatoon, qui a ouvert son Centre de production en décembre 2010. En seulement quelques années, cet espace est devenu le carrefour du jeune théâtre, toutes langues confondues, dans la ville, en raison du manque d’infrastructures adéquates pour les compagnies intermédiaires de l’endroit. L’arrivée du Centre de production, quoique très bénéfique pour la compagnie, apporte de nouvelles responsabilités en matière de gestion aux deux directeurs de la compagnie, en sorte que leur réalité a changé du tout au tout. Le Centre de production de la Troupe du Jour est un succès. Il faut maintenant aider la compagnie, comme les autres membres de l’ATFC d’ailleurs, à gérer ce succès sans fracturer le mandat premier de l’organisme. Les exemples du même type sont légion à travers le pays. Les directions des compagnies de théâtre gèrent les lieux qui profitent à énormément de gens, alors qu’elles devraient plutôt œuvrer à leur programmation. 

Conclusion

Depuis leur création, les compagnies de l’ATFC comptent parmi les leaders de la société franco-canadienne. Plusieurs d’entre elles ont la responsabilité d’une infrastructure qui rassemble et, bien souvent, sert de phare à ces communautés. Dans une perspective de développement durable de ces dernières, ne serait-il pas temps de renforcer ceux qui comptent parmi les plus forts afin de leur permettre de mieux soutenir tout le monde ?  Renforcer les compagnies de l’ATFC apportera, dans les communautés franco-canadiennes des résultats concrets. Tant ces infrastructures que ces compagnies deviendront plus performants. Cela est synonyme d’une volonté de voir se développer une francophonie saine, munie de moyens identiques à ceux dont bénéficie la majorité. Dans la limite de leurs structures, les compagnies de l’ATFC croient qu’elles démontrent de façon concluante le besoin urgent de créer des emplois au sein de leur secteur afin de participer à son développement durable et, par ricochet, à celui de la francophonie canadienne.

On peut consulter l’étude Historique des espaces de production, de création et de diffusion théâtrale et les ressources nécessaires à leur gestion en cliquant ICI 

Liens utiles
Connexion
Copyright © 2014 Association des théâtres francophones du Canada | Droits et aspects légaux
Conception graphique & production web : Existo Communications & Sociotechnologies